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Cher Christophe,
 
Des années se seront passées et un jour tu retomberas sur ce texte. 
 
Tu te rappelleras que dans ta jeunesse, tout ce que tu voulais vraiment, c’était d’essayer encore et encore. 
 
Et essayer pouvait mener à l’échec et à la chute.
 
Un certain mois de janvier 2018, tu pensais être le roi de tes émotions et de ta vie. 
 
Tu étais fier de ton voyage autour du monde.
 
Tu ressortais d’une expérience riche en rencontres et en émotions lors de ton voyage à Taïwan le pays du sourire. Et ce sourire, tu ne manqueras pas de le garder. 
 
Surtout qu’un mois plus tard, c’était le fauteuil roulant qui t’attendait. 
 
Et l’incapacité de marcher pendant quatre mois et plus. La fin du voyage s’arrêtait donc au Laos avec un accident à la suite d’une vilaine chute.
 
Une chute, qui après plusieurs diagnostics t’avait mené à un constat sans appel. Un ménisque pulvérisé. Un genou complètement bloqué entraînant ainsi une jambe gravement atrophiée. Des ligaments croisés totalement rompus et pour couronner le tout, huit veines bloquées par des caillots de sang.
 
Tu te souviendras des crises d’angoisse et des longues nuits interminables.  Ton médecin te conseillait même de laisser le téléphone près de toi pour appeler directement les urgences si jamais tu avais du mal à respirer. Le risque d’embolie pulmonaire était assez élevé avec tous ces caillots de sang. 
 
À chaque réveil, tu te félicitais même d’avoir passé une nuit de plus sans encombre.
 
Toi qui raffolais de voir des filles en collant, tu as conclu que porter des bas de contention pendant des mois  n’avait rien d’agréable et de sexy sur toi en fin de compte.
 
Toi qui te vantais d’avoir été à 4000 mètres d’altitude avec le Chimborazo en Équateur, tu as appris l’humilité et la patience quand il fallait escalader la baignoire de la salle de bain pour te doucher avec une jambe en perdition.
 
Toi qui adulais les discours du coach Eric Taylor dans la série mythique Friday Night Lights, tu as malheureusement vécu de plein fouet sa tirade à la fin du premier épisode. Tu as encore pris conscience que la vie est fragile. Et qu’à un moment de notre vie nous tomberons. Nous tomberons tous. Et nous serons testés jusqu’au plus profond de nous, aussi vive que la douleur puisse être.
 
Et c’est dans ces moments difficiles que tu as vu le vrai visage de ton entourage. 
 
Un ami de longue date t’avait toujours dit : 
 
« Il ne faut jamais blâmer une contrariété. »
 
L’accident fera toujours partie de ce voyage autour du monde. Rien n’arrive par hasard et des voyages je suis sûr que tu auras continué à en faire depuis. Tu sais depuis un moment  qu’il y a plus important que l’argent et les voyages.
 
En revanche,  tu a été contrarié par les gens qui t’ont tourné le dos. Des gens que tu pensais proches et qui finalement t’ont grandement déçu. Ce n’est pas grave. Tu n’étais pas si important dans leur vie et tu n’étais sûrement pas en tête dans leur liste de priorité. Mais le bal des imposteurs est terminé. Souriez, vous êtes démasqués.
 
Certains auront des raisons de circonstances imprévues aussi. La porte n’est pas fermée. Mais tu es le sélectionneur de ton équipe et tu as des choix à faire. La vie est trop courte pour ne pas exiger de s’entourer que des meilleurs.
 
Tu as aussi laissé la place à ceux qui se sont révélés ou qui se révéleront plus tard. Tu sais maintenant sur qui tu peux compter vraiment et qui sont les tauliers de ton vestiaire. 
 
Tu sauras dorénavant comment prendre soin d’eux un peu plus qu’avant, car tu as gagné en expérience. Car le don de soi et le dépassement pour les personnes qu’on aime, je n’ai rien vu de plus gratifiant que de le montrer.
 
Tu as pu voir que certaines personnes n’ont pas failli. Elles ont effectué leur rôle à merveille. Elles t’ont accompagné dans cette épreuve. Certaines dans l’action, sans avoir rien à te demander. D’autres par de petites attentions.
 
Leurs messages d’encouragements, leurs vidéos de bienveillance, leurs cartes postales, leurs bisous de leurs enfants, leurs blagues, leurs passions ou leurs délires. Et même le partage de leur quotidien.
 
Pour eux ce n’était rien, mais pour toi cela signifiait beaucoup.
 
Malgré la distance de Barcelone, en passant par Paris, Lille, Orléans, Bordeaux, Amsterdam, Israël, le Brésil, l’Écosse, New York , Séoul, le Japon, Hong Kong ou Taïwan, ils ont tous assumé leur rôle de t’encourager et de te motiver.
 
Car il est bien question de motivation et d’attitude. En fin de compte, aussi bien entouré ou pas que l’on puisse être, c’est la solitude face à l’épreuve qui pèse le plus. 
 
Personne ne pourra comprendre ce que tu ressens et ce que tu traverses. 
 
Personne ne prendra les décisions à ta place et personne ne pourra te conseiller de la meilleure chose à faire. 
 
Personne n’arrivera à te réconforter dans ton malheur. 
 
Tant que tu n’as pas décidé que tu voulais t’en sortir par toi-même et faire la place pour te donner les moyens de réussir, tu n’avanceras pas.
 
Tu vois Christophe, tu n’as rien lâché après ta première opération. Et tu ne lâcheras pas non plus pour ta seconde opération. Tu as eu la chance de croiser le chemin d’une kinésithérapeute qui a bien pris soin de toi et t’as montré le chemin pour t’en sortir. 
 
Tu as quitté ton fauteuil roulant. 
 
Tu as commencé à poser le pied. 
 
Tu as lâché au fil des mois tes béquilles une par une. 
 
Tu as réappris à marcher. 
 
Tu ne peux pas encore courir et descendre des escaliers correctement. Mais cela viendra. Tu sais que ton travail paiera toujours et qu’il n’y a pas meilleur que toi pour prendre soin de toi.
 
Tu as passé beaucoup de temps dans la salle de musculation.  S’il y avait une coupe du monde des grimaces, il n’y a aucun doute que tu aurais été champion du monde toi aussi.
 
Tu t’es dépensé et tu t’es mis minable pour muscler cette jambe afin de remarcher à nouveau. 
 
Tu as compris que le sport était une bulle d’air pour s’aérer l’esprit et repartir sur des bases solides. Plus jamais tu ne laisseras le sport de côté.
 
Tu voulais remarcher.
Tu voulais courir.
Tu voulais repartir à Taïwan.
Tu voulais vivre à Barcelone.
Tu voulais aller sur l’île de Pâques.
Tu voulais aller au Fuji Rock Festival.
Tu voulais voir Radwimps en concert.
Tu voulais apprendre de nouvelles choses.
Tu voulais gagner et rendre les gens heureux.
Tu voulais perdre, chuter et te relever encore et encore.
Tu voulais avoir des enfants.
Tu voulais une vie intéressante et pleine de surprises et de rencontres.
 
Ce n’est pas comme si tu auras eu toutes ces choses. Mais tu souhaitais juste avoir la possibilité de les avoir en essayant encore et encore.
 
Comme le disait ton basketteur favori, tu as réussi car tu as échoué encore et encore.
 
Tu peux sourire en jetant un œil derrière toi Christophe.
 
Car tu vas tout casser maintenant.